Le métier de meunier de moulin à vent

Le travail de meunier n’était pas de tout repos car il devait veiller aux caprices du vent, contrôler la marche du travail, hisser les sacs de grains, les vider dans la trémie, recevoir la mouture, ensacher, inspecter la finesse du produit récolté…

Il se tenait prêt à travailler tous les jours mais c’était le vent qui commandait. Quelquefois, il attendait des jours et des jours mais rien ne bougeait. Il devait donc composer avec les aléas météorologiques et la colère des paysans qui attendaient impatiemment leur part de moulu. Mais dès que la brise daignait se manifester, le meunier se mettait en besogne sans se soucier du jour et de l’heure.

Un meunier aimait se comparer à un capitaine de navire au milieu d’un océan de blé. Il était le seul maître à bord et comme le capitaine, devait composer avec le vent pour ne pas naufrager.

Un patron de moulin était quelqu’un dans le pays : On le respectait et on écoutait ses conseils. Il savait lire dans les nuages, prévoir la pluie et les vents contraires. Il voyait les évènements arriver de loin et plus tôt que les laboureurs qui travaillaient à ras du sol. De plus, les meuniers s’observaient entre eux, pour mieux prévoir les changements de temps. Il y avait, d’ailleurs, une profonde solidarité entre meuniers : Dès qu’un incident arrivait chez l’un d’eux, les autres s’empressaient de l’aider à réparer.

Le meunier devait être vigilant car très inflammable, la poussière de farine était un danger permanent. En effet, les meules, en silex meunier ou « pierre meulière », étaient lubrifiées par le grain mais si elles se mettaient à tourner à sec, les étincelles jaillissaient et pouvaient créer un incendie. Un signal d’alarme, grelot ou cheval de moulin, prévenait donc de l’arrêt de l’écoulement du grain.

Un meunier ne travaillait qu’à façon. Il n’achetait pas de céréales pour les vendre en farine mais écrasait seulement le grain que les paysans reprenaient moulu. Il prenait du cinquième au huitième de la quantité à rendre et n’empochait pas d’argent. Après la Grande Guerre, il réclamait cent sous du sac de blé.

Le meunier avait souvent la réputation d’être quelque peu voleur et les paysans, chez lesquels le garçon meunier allait à cheval livrer la « pochée », se plaignaient souvent de ne pas avoir leur compte de « moulu » tout en considérant qu’un prélèvement de trois poignées par petit sac restait acceptable. Cependant, certains grappillaient un peu plus de mouture pour leur consommation personnelle et pour nourrir leurs cochons.

Le meunier avait aussi la réputation d’être un joyeux luron fort entreprenant : Les chansons populaires parlent de la Marion « qui s’en va au moulin et s’en revient l’échine toute blanche de farine ».

Le moulin était un lieu de rencontres privilégié entre les paysans : Un meunier était toujours au courant de tous les évènements et les ragots du pays. Les ailes du moulin servent aussi à communiquer :

 -    Arrêtées en Croix de Saint André et ornées de fleurs : Noces

-     En croix de Rédemption et détoîlées : Décès du meunier

Chaque commune avait ses moulins à vent disposés sur les côtes ; il n’était pas rare, lorsque le temps était favorable, de voir dix moulins tourner à la fois.

Entre les deux guerres, les moulins ne purent concurrencer les moteurs Diesel. Peu à peu, les paysans équipèrent leur grange de concasseurs individuels. Les meuniers étaient tributaires des éléments atmosphériques, ils perdirent donc leur rôle quasi-religieux de participant à la préparation du pain quotidien, si cher aux hommes.

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