Le meunier meurtrier

Sur le jugement qui condamne Jean RHE à la peine de mort (Tiré d’un extrait du Journal des Deux Sèvres de l’An IX d’après François MAZURE)

Louis CAMIN, dit Caminade, chaisier au village de Rimbault, commune de Marigny, passait pour sorcier.

Jean RHE, demeurant au même lieu, meunier au moulin de Rimbault et cultivateur aisé, d’un caractère impétueux mais jouissant d’une bonne réputation, avait un frère qui était tombé en état de démence. L’imagination, toujours plus active que la raison, attribue aussitôt cet évènement à de prétendus sortilèges : un imposteur, qui passe pour devin, est consulté par Jean RHE. Le plus proche voisin de celui-ci est désigné pour l’auteur du prétendu sortilège, et ce voisin était Louis CAMIN, dit CAMINADE.

Le 15 nivôse an 9, CAMIN se trouve à BEAUVOIR, chez RICHARD, aubergiste. Jean RHE s’y trouve également, s’élance impétueusement sur lui : les deux adversaires sont séparés. Le soir, l’aubergiste conduit RHE dehors et sur le chemin de son domicile.

En retournant, il trouve CAMIN qui se rendait par la même route à Rimbault et l’engage inutilement à s’en retourner. Une heure après, deux maçons viennent répandre le bruit que CAMIN a été trouvé mort sur le chemin.

La rixe violente qui avait précédé fait naître des soupçons sur RHE. On arrête le prévenu, on l’interroge. La procédure s’instruit. Jean RHE se retranche dans une négative absolue mais des témoins déposent de visu, et par jugement du 15 de ce mois, après 24 heures de délibération, Jean RHE est condamné à la peine de mort. 

Les circonstances du meurtre font frémir. CAMIN a été trouvé la tête écrasée avec perte de substance. Il avait le poignet et quelques doigts cassés. Plus de vingt coups de bâtons ont été constatés par les meurtrissures.

Les témoins qui ont déposé de visu sont quatre maçons qui revenaient du travail (entre 5 et 6 heures du soir, ils marchaient à distance l’un de l’autre de 5,6 et 10 minutes de chemin). 

L’un voit porter le premier coup et passe en silence ; le second voit le premier et le second coup. Il passe encore en silence. Les deux autres ont vu le cadavre mutilé. Ces faits sont exacts. Les deux derniers ajoutent que Jean RHE leur a dit : « il est mort, soyez témoins si vous voulez, mais il ne fera plus de mal à personne ». 

Les défendeurs ont cité des exemples terribles en faveur de condamné. Je citerai aussi l’arrêt du Parlement de Toulouse du 9 mars 1762 qui condamne à la roue l’innocent Jean CELAS, accusé d’homicide sur son propre fils. Les noms des DANGLADE, des GOMBERT, des LEBRUN, des FERRIERE, condamnés et reconnus innocents, font frémir l’humanité.

On dit qu’après la lecture du jugement, Jean RHE a dit : «  Je déclare devant Dieu et devant les hommes que je ne suis point coupable ».

On assure que Jean RHE a fait appel de sa condamnation. Puisse-t-il pour l’honneur de l’Humanité, prouver qu’il est innocent !

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